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HONESTA.

Vous me refusez ?…


BRANCADOR.

Moi !… Je t’accorde autant de souris que tes besoins l’exigeront… j’irai jusqu’à la potée… chère petite chatte… Mais le bonheur du ménage ne consiste pas seulement à élever de ces petits animaux plus ou moins blancs… Ils y contribuent… mais tout n’est pas là… il y a aussi la toilette… les diamants…


HONESTA.

Des diamants ?… oh ! merci, monsieur, je n’en veux pas… on ne m’a pas élevée dans ces idées de luxe et de coquetterie… cette petite croix d’argent, voilà le seul bijou auquel je tienne.


BRANCADOR.

Très-bien, mais… il y a ensuite quelques autres détails que nous allons étudier ensemble… D’abord, on dit : « Mon petit mari… » répète…


HONESTA.

Mon… petit… mari…


BRANCADOR.

Bien !… (Dictant.) « Je t’aime ! »


HONESTA.

Je… je ne peux pas.


BRANCADOR.

Moins bien… Nous travaillerons ce verbe-là… Ensuite, on met sa main dans celle du petit mari… ainsi… on se penche insensiblement vers lui… on approche sa joue… et l’audacieux coquin !…


HONESTA, poussant un cri.

Ah !… (Elle ramène son voile sur sa figure et s’éloigne vivement.)[1]


BRANCADOR.

Encore le voile !… et tu t’éloignes !… mais, farouche gazelle…


HONESTA.

Non !… laissez-moi !… Adieu ! (Elle se précipite dans le bosquet. — Voir la note relative à la mise en scène.)


BRANCADOR, à part, avec joie.

Ciel !… elle entre dans le bosquet !… Elle y est !… Abusons de cette localité ! (Il pénètre dans le bosquet, fait doucement asseoir Honesta, qui tient toujours son voile baissé, et s’assied près d’elle. — Mouvement d’Honesta.)[2] Tais-toi !… tais-toi !


Air de M. Hervé.
Laisse-moi bénir la nature,
Qui, pour deux cœurs,
A créé ce toit de verdure,
Ce lit de fleurs !
  1. H., Br.
  2. La fausse H., Br.