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deux exemples, que j’ai pris à dessein dans la période 1886-1888, n’en montrent pas moins en quoi le véritable vers libre se différencie du vers libéré.

Un autre danger serait de le confondre avec le poème en prose. Parallèlement aux personnes qui prennent certains vers de Verlaine pour des vers libres, il y a celles que vous disent de telles strophes de Vielé-Griffin :

— Magnifique poème en prose !

Le poème en prose a ceci de commun avec toute espèce de vers, régulier, libéré ou libre, qu’il est composé de pieds rythmiques. Toute phrase, d’ailleurs, est composée de pieds rythmiques ; seulement ces pieds rythmiques sont plus ou moins rythmés ; ce que j’écris en ce moment est un ensemble de pieds rythmiques (ce que j’écris — en ce moment — est un ensemble — de pieds rythmiques )… Le poème en prose diffère du vers, d’abord en ce que ses pieds rythmiques sont généralement d’un rythme moins prononcé, ensuite et surtout en ce qu’ils ne sont pas ordonnés dans l’unité resserrée du vers. La différence est donc plus grande entre le vers libre et le poème en prose qu’entre le vers libre et le vers régulier ; et quelque considérable que soit le rôle de Rimbaud dans l’instauration du vers libre, quelque tendance que les proses des Illuminations et de la Saison en Enfer