Page:Dujardin - De Stéphane Mallarmé au prophète Ezéchiel, 1919.djvu/20

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
— 10 —

préfère ne pas rappeler le nom à cette occasion, écrivait en 1917, dans un journal suisse, que Maillarmé avait été un poète de l’art pour l’art… Quelle erreur ! Quelle méconnaissance ! Quelle affreuse ingratitude ! L’homme qui a dit cela n’a qu’une excuse : il n’a pas connu Mallarmé.

L’influence de Mallarmé a été avant tout, une influence morale, parce qu’il a enseigné aux jeunes poètes le respect de leur art et parce que sa vie même a été le plus saint exemple d’une vie consacrée à l’art : mais l’influence de Mallarmé a été littéraire aussi, — littéraire dans la plus haute acception du mot, — parce qu’il nous a appris à penser en même temps qu’à exprimer notre pensée. Mallarmé a appris aux poètes de ma génération ceci : que les choses ne comptaient que par leur signification symbolique, et c’est en cela qu’il est vraiment le père du symbolisme.


Idéalisme. — Les écrivains naturalistes, Zola en tête, les parnassiens, avec Leconte de Lisle, quel qu’ait pu être leur talent, leur génie même, avaient établi, en littérature, le règne du matérialisme. Pour les romanciers naturalistes, pour les poètes parnassiens, les choses n’ont que leur intérêt propre ; la vie d’un Rougon-Maquart, par exemple, telle ou telle évocation des Poèmes Antiques ou des Poèmes Barbares n’ont d’autre but que de raconter ou de décrire ces réalités.

Je ne dis pas que ce but n’a pas sa beauté, ni même sa grandeur ; mais il ne saurait satisfaire les besoins de l’âme humaine. Et la gloire de Stéphane Mallarmé aura été d’enseigner que les réalités matérielles sont encore les signes, les symboles d’autres réalités d’un ordre supérieur, de l’ordre idéal.

Le mot idéalisme a plusieurs sens, dont deux principaux :

L’un, le sens courant, bourgeois ; quand, par exemple, on parle de l’idéalisme de M. Wilson.

L’autre, le sens philosophique ; et pour ne pas tomber dans la métaphysique, je citerai cette définition de l’un des plus clairs des esprits français, Remy de Gourmont. Voici ce qu’il écrit, touchant précisément le mouvement symboliste :

Une vérité nouvelle est entrée récemment dans la littérature et dans