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ANTONIA

Oui, je connais votre âme,
Ayant contemplé votre face de femme.

Où va l’amour,
Sinon vers l’âme qui par les traits se fait jour ?

Si l’on aime,
Ce que l’on aime, n’est-ce pas l’âme même ?

Dans celle que l’on a vue radieuse apparaître,
Sous l’apparence n’adore-t-on pas le réel être ?

Oui, je vous ai comprise ;
Votre personne dans vos yeux se réalise ;

Celle que je salue,
C’est la toute attendue,
L’authentique et l’élue.

Car n’est-ce pas que par ce soir de paradis
Dans votre âme le regard de mon âme descendit ?



L’Amante

Oui, que de mon cœur mes paupières soient le seuil,
Et que mes pensées s’effeuillent
Dans le songe qu’arbore mon front à votre œil !

Moi, je lis
Dans vos regards pâlis
Tant d’espoirs abolis !