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LA LÉGENDE D’ANTONIA

Après les violences croissantes du dialogue et les supplications de la femme, le jeune homme subitement a prononcé ces dernières paroles comme dans une compréhension prophétique.
Maintenant qu’il s’est tu, elle, tout à l’heure un instant troublée, se ressaisissant, elle s’approche de lui, et, doucement, essaie de le persuader.


Elle

Eh bien, enfant, si ton âme
Est avide de cette flamme,
Si ton cœur brûle après ce dictame,
Si ta jeunesse vers l’amour ainsi clame,
Regarde, enfant ! qu’avec mes yeux
Tes yeux
Regardent au profond des cieux,
Qu’avec mon cœur ton cœur
S’incline à respirer les pâles fleurs,
Que ta pensée
Avec la mienne soit bercée
Aux effeuillés parfums d’anciennes roses
Et dans une vision, tout alentour de nous, des choses !

Nous connaissons tous deux le doux matin charmant ;
J’ai connu, tu connais ce ravissement ;
C’est le lever de la vie,
Enfant, c’est l’aube de la vie.
Oh ! les belles éclosions
D’exaltations !
Dans le ciel