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LA LÉGENDE D’ANTONIA



Lui

Écoute, je suis un fils de paysans,
Et mon père et ma mère étaient enfants de paysans,
Et nous avons grandi parmi les étendues des champs.
Je suis né dans le vallon
Là-bas au pied des monts.
Quand j’étais jouvenceau, je conduisais les brebis
Brouter dans les prairies ;
Ensuite on m’envoya sur les versants
Où sont les troupeaux des bœufs errants,
Très haut et loin au-dessus de la campagne ;
Depuis lors je suis berger dans la montagne.

Parmi les pentes profondes
Où paissent les bêtes vagabondes,
Du matin jusqu’au soir
J’erre, seul, ou, seul, je m’assieds sur les promontoires,
Et je demeure,
Tandis que va le cours des heures.
Quelquefois au hameau
Je descends, où sont des réjouissances et le repos ;
Je me rencontre avec mes frères, avec mes sœurs,
Et puis, chacun, nous repartons vers les hauteurs.
On dit que loin des solitudes où nous sommes
Il est de grandes foules d’hommes,
Des amas de pierres et de marbres,
Des floraisons merveilleuses d’arbres,
Des femmes blanches comme l’aurore