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vierge, en un soir chaudement haleiné de printemps, vous rougiriez, oh vous que la complicité des choses nubilise, vous, la trouvée que j’ai de grâces divines enrichie ; oh forme, féminine forme, éternellement désirable du féminin, corps d’amour que je baiserais, votre chair est un fruit qui s’offre à l’irrassasiable des baisers et votre corps aux lèvres resplendit ; très vague des assourdissements torpides, lointain crépuscule, oh brume, ensombrement des chairs ; et nous irions, ma pleurante et souriante femme, en les charitables compassions, et tu m’incarnerais les réalités religieuses et concupiscibles ; car tu n’es pas étrangèrement, et tu viens nouvellement, identique, en ma mémoire.


IV


Le voyage, les heures de l’approche, et l’unique pensée d’elle, durant que les paysages vagues derrière s’effaçaient ; la sûre marche vers un réel rêvé, impatiemment, dans le solitaire wagon, frissonnamment, l’avancement des pieds au lieu d’elle vivante, languissamment ; et, tandis que le soleil se levait sur les vitres au jour nouveau, mes yeux qui se noyaient nocturnes en la mer des visions d’elle ; dans mon esprit une forme absolue ; par un jour de rêve fou cette image ébauchée ; et l’idée, impérieusement maîtresse, commandait ; vous surgissiez devant mes yeux puissants, oh figure impérieuse.

C’était ce long matin d’été, avec des froids de soleil clair ; ce matin luisant de ciel clair, sans chaleur, froid et tenace ; c’était ce clair froid d’automne, quand sous la fenêtre d’elle premièrement je fus ; je frappai à la porte d’elle, dans la maison d’elle j’entrai… une jeune fille… elle donc… une très pâle, chancelante, qui me tendait sa main… une jeune fille vaguement… donc, elle, la jeune fille qui là était… et je la recréais, et, aveugle, je la figurais à moi, immortelle, je me la figurais, immortelle, selon l’idée… une jeune fille… une très pâle, chancelante, qui me tendait sa main… une indistinctement perçue dans le brouillard d’un cœur troublé… une jeune fille… la nommée… une jeune fille… elle donc… un féminin, virginal, de rêve et de sourire, des yeux très clairs, très pâles, dans une face lunaire, dans la courte chevelure noire, diadémale, un blanc visage rond, et une poitrine enchâssée de noir et gonflée, avec de longs bras entr'ouverts, une taille mince, et le flot fructuant des noires robes désolatrices, les noires robes aux vastes flots en tabernacles… la