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III


Inquiet des idées hasardeuses, errant des contradictoires cherchés, chercheur d’un chemin, hélas, jours d’aspirations aux baisers, réminiscences des vains baisers.

Des féminines images avaient passé, frivole suite d’embrassements inutiles, d’où nul enfant n’était né et nulle joie ; de vagues images féminines ; jadis j’avais près une rivière erré, un soir d’intime fête, alors de mes vingt ans, timidement pressant un gant tiède, une main faible, timidement rêvant, muettement, à un baiser sous les feuilles et les étoiles, oh pauvre évanouie aux mauvaises visions ; des féminines images, encore ; un sourire durant des musiques, une robe touchée sous une printanière brise, une rougeur de vierge nubilisée par un soir chaud ; féminines apparences ; une enrichie de grâces, celle trouvée par le vain hasard d’un soir vain, vaine, aux vains yeux, la dotée par moi divinement en une amante, triste idole et dont j’ai vêtu et revêtu le corps ; féminines, féminines images, oh passées ; et la chair, les charnelles choses, la création unique des charnalités, les violents baisers, et le vague des assourdissements torpides qui sont en suite, et ma pensée dans le très lointain crépuscule où les chairs victorieuses sombrent, et le dormir dans l’insexualisation ; vaines, vaines, vaines souvenances, quand j’ai vécu, au hasard des vaines idées, cherchant mauvaisement des baisers ; et vanité des solitaires joies, des hautes joies, et des multiples vies et des joies en la compassion ; car, mon Dieu, les hasards étaient mauvais, qui tour à tour disaient les charités et la concupiscence en l’âme ; choses eues et choses désirées, hasardeuses visions, le continu baiser, incessé, d’une idée incessée, continue.

Je vous ai connue, mon amie.

Oh féminine mienne, par une telle nuit, dans un silence et une fraîcheur telles, sous la caressante brume nocturne, un soir d’intime fête, alors de nos vingt ans, nous irions ; nous irions donc, oh mon amante, en ces chemins très doux, vers ces arbres, au bord d’une rivière, les deux, marchant ensemble ; j’aurais sur mon bras votre main, un gant tiède pressé timidement, oh ma craintive, une main faible, oh ma simple qu’effraye l’immobile des amoureuses nocturnités, oh pensive, sous les feuilles berçantes et sous les favorables étoiles, ton baiser sous les feuilles et les étoiles ; et l’un près l’autre nous serions, rêvant communiment, dans les charmes d’orchestres derrière nous chantant ; et nous pâlirions, oh ma