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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/94

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Malheureux qui si cher achette tel honneur.

Vrayment le fer meurtrier, et le rocher aussi
Pendent bien sur le chef de ces Seigneurs ici,
Puisque d’un vieux filet depend tout leur bonheur.

CXIX

Brusquet à son retour vous racontera, Sire,
De ces rouges prelats la pompeuse apparence,
Leurs mules, leurs habits, leur longue reverence,
Qui se peut beaucoup mieux representer que dire.

Il vous racontera, s’il les sçait bien descrire,
Les mœurs de ceste court, et quelle difference
Se voit de ses grandeurs à la grandeur de France,
Et mille autres bons poincts, qui sont dignes de rire.

Il vous peindra la forme, et l’habit du sainct Pere,
Qui, comme tout Jupiter, tout le monde tempere,
Avecques un clin d’œil : sa faconde et sa grace,

L’honnesteté des siens, leur grandeur et largesse,
Les presens qu’on luy fait, et de quelle caresse
Tout ce que se dit vostre à Rome l’on embrasse.

CXX

Voici le Carnaval, menons chacun la sienne,
Allons baller en masque, allons nous pourmener,
Allons voir Marc Antoine ou Zani bouffonner,
Avec son Magnifique à la Venitienne :

Voyons courir le pal à la mode ancienne,
Et voyons par le nez le sot bufle mener :
Voyons le fier taureau d’armes environner,
Et voyons au combat l’adresse Italienne :

Voyons d’œufs parfumez un orage gresler,
Et la fusee ardent siffler menu par l’air.
Sus donc despeschons nous, voici la pardonnance :

Il nous faudra demain visiter les saincts lieux,
Là nous ferons l’amour, mais ce sera des yeux,
Car passer plus avant c’est contre l’ordonnance.