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Mars est desenchainé, le temple de la guerre
Est ouvert à ce coup : le grand Prestre Romain
Veult foudroyer là bas l’heretique Germain
Et l’Espagnol marran, ennemis de sainct Pierre.

On ne voit que soldats, enseignes, gomphanons,
On n’oit que tabourins, trompettes, et canons,
On ne voit que chevaux courans parmi la plaine :

On n’oit plus raisonner que de sang, et de feu,
Maintenant on verra, si jamais on l’a veu,
Comment se sauvera la nacelle Romaine.

CXVII

Celuy vrayement estoit et sage, et bien appris,
Qui cognoissant du feu la semence divine
Estre des Animans la premiere origine
De substance de feu dit estre nos esprits.

Le corps est le tison de ceste ardeur espris,
Lequel, d’autant qu’il est de matiere plus fine,
Fait un feu plus luisant, et rend l’esprit plus digne
De monstrer ce qui est en soy-mesme compris.

Ce feu donques celeste, humble de sa naissance,
S’esleve peu-à-peu au lieu de son essence,
Tant qu’il soit parvenu au poinct de sa grandeur :

Adonc il diminue, et sa force lassee
Par faute d’aliment en cendres abbaissee,
Sent faillir tout à coup sa languissante ardeur.

CXVIII

Quand je voy ces Messieurs, desquels l’auctorité
Se voit ores ici commander en son rang,
D’un front audacieux cheminer flanc à flanc,
Il me semble de voir quelque divinité.

Mais les voyant paslir lorsque Sa Saincteté
Crache dans un bassin, et d’un visage blanc
Cautement espier s’il y a point de sang,
Puis d’un petit sousris feindre une seureté :

Ô combien, di-je alors, la grandeur que je voy
Est miserable au prix de la grandeur d’un Roy !