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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/91

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Au service de Dieu, ores Cesar imite ?

Je ne sçay qui des deux est le moins abusé :
Mais je pense, Morel, qu’il est fort mal aisé,
Que l’un soit bon guerrier, ni l’autre bon hermite.

CXII

Quand je voy ces Seigneurs qui l’espee et la lance
Ont laissé pour vestir ce saint orgueil Romain,
Et ceux-là, qui ont pris le baston en la main,
Sans avoir jamais fait preuve de leur vaillance :

Quand je les vois, Ursin, si chiches d’audience,
Que souvent par quatre huiz on la mendie en vain :
Et quand je voy l’orgueil d’un Camerier hautain,
Lequel feroit à Job perdre la patience :

Il me souvient alors de ces lieux enchantez,
Qui sont en Amadis, et Palmerin chantez,
Desquels l’entree estoit si cherement vendue.

Puis je dis : ô combien le Palais que je voy
Me semble different du Palais de mon Roy,
Où l’on ne trouve point de chambre deffendue !

CXIII

Avoir veu devaller une triple Montaigne,
Apparoir une Biche, et disparoir soudain,
Et dessus le tombeau d’un Empereur Romain
Une vieille Caraffe eslever pour enseigne :

Ne voir qu’entrer soldats, et sortir en campagne,
Emprisonner Seigneurs pour un crime incertain,
Retourner forussis, et le Napolitain
Commander en son rang à l’orgueil de l’Espagne :

Force nouveaux seigneurs, dont les plus apparens
Sont de Sa Saincteté les plus proches parens,
Et force Cardinaux, qu’à grand peine l’on nomme :

Force braves chevaux, et force hauts collets,
Et force favoriz, qui n’estoient que vallets :
Voilà, mon cher Dagaut, des nouvelles de Rome.