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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/68

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Il a bon jugement, et sçait fort bien eslire
Le blanc d’avec le noir : il est bon escrivain,
Et pour bien compasser une lettre à la main,
Il y est excellent autant qu’on sçaurait dire :

Mais il est paresseux, et craint tant son mestier,
Que s’il devoit jeusner, ce croy-je, un mois entier,
Il ne travailleroit seulement un quart d’heure.

Bref il est si poltron, pour bien le deviser,
Que depuis quatre mois, qu’en ma chambre il demeure,
Son ombre seulement me fait poltronniser.

LIX

Tu ne me vois jamais (Pierre) que tu ne die
Que j’estudie trop, que je face l’amour,
Et que d’avoir tousjours ces livres à l’entour,
Rend les yeux esblouis, et la teste estourdie.

Mais tu ne l’entens pas: car ceste maladie
Ne me vient du trop lire, ou du trop long sejour,
Ains de voir le bureau qui se tient chacun jour :
C’est, Pierre mon ami, le livre où j’estudie.

Ne m’en parle donc plus, autant que tu as cher
De me donner plaisir, et de ne me fascher :
Mais bien en cependant que d’une main habile

Tu me laves la barbe, et me tonds les cheveux,
Pour me desennuyer, conte moy si tu veux
Des nouvelles du Pape et du bruit de la ville.

LX

Seigneur, ne pensez pas d’ouïr chanter ici
Les louanges du Roy, ni la gloire de Guise,
Ni celle que se sont les Chastillons acquise,
Ni ce Temple sacré au grand Montmorenci.

N’y penser voir encor' le severe sourci,
De madame Sagesse, ou la brave entreprise,
Qui au Ciel, aux Dœmons, aux Estoiles s’est prise,
La Fortune, la Mort, et la Justice aussi :