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Reluisoit escaillé de grandes lames d’or ;
Le pavé fut de jaspe et d’esmeraude fine.

O vanité du monde ! un soudain tremblement
Faisant crouler du mont la plus basse racine,
Renversa ce beau lieu depuis le fondement.


III

Puis m’apparut une pointe aiguisee
D’un diamant de dix pieds en carré,
A sa hauteur justement mesuré
Tant qu’un archer pourroit prendre visee :

Sur ceste pointe une urne fut posee
De ce métal sur tous plus honoré,
Et reposoit en ce vase doré
D’un grand Cesar la cendre composee.

Aux quatre coins estoyent couchez encor
Pour piedestal quatre grands lions d’or
Digne tombeau d’une si digne cendre.

Las ! rien ne dure au monde que tourment !
Je vi du ciel la tempeste descendre
Et foudroyer ce brave monument.


IV

Je vi haut eslevé sur colomnes d’yvoire,
Dont les bases estoient du plus riche metal,
A chapiteaux d’albastre et frizes de cristal,
Le double front d’un arc dressé pour la mémoire.

A chaque face estoit pourtraite une victoire
Portant ailes au dos, avec habit nymphal,
En haut assise y fut sur un char triomphal
Des empereurs romains la plus antique gloire.

L’ouvrage ne monstroit un artifice humain,
Mais semblait estre fait de cette propre main
Qui forge en aiguisant la paternelle foudre.

Las ! je ne veux plus voir rien de beau sous les cieux
Puis qu’un œuvre si beau j’ay veu devant mes yeux
D’une soudaine cheute estre reduit en poudre.

V

Et puis je vi l’Arbre Dodonien
Sur sept costaux espandre son ombrage,