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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/21

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Antiquitez de Rome

  

XV

Parlez Esprits, et vous Ombres poudreuses,
Qui jouyssant de la clarté du jour,
Fistes sortir cest orgueilleux sejour
Dont nous voyons les reliques cendreuses :
Dites, esprits (ainsi les tenebreuses
Rives de Styx non passable au retour,
Vous enlaçant d’un trois fois triple tour,
N’enferment point vos images ombreuses)
Dites-moy donc (car quelqu’une de vous
Possible encor se cache ici dessous)
Ne sentez-vous augmenter vostre peine,
Quand quelquefois de ces costaux Romains
Vous contemplez l’ouvrage de vos mains
N’estre plus rien qu’une poudreuse plaine ?
  

XVI

Comme l’on voit de loin sur la mer courroucee
Une montagne d’eau d’un grand branle ondoyant,
Puis traînant mille flots, d’un grand choc abboyant
Se crever contre un roc, où le vent l’a poussee,
Comme on voit la fureur par l’Aquillon chassee
D’un sifflement aigu l’orage tournoyant
Puis d’une aile plus large en l’air s’esbanoyant
Arrester tout à coup sa carrière lassee :
Et comme on voit la flamme ondoyant en cent lieux
Se rassemblant en un, s’aiguiser vers les cieux,
Puis tomber languissante : ainsi parmi le monde
Erra la Monarchie, et croissant tout ainsi
Qu’un flot, qu’un vent, qu’un feu, sa course vagabonde
Par un arrest fatal s’est venue perdre ici.

XVII

Tant que l’oyseau de Juppiter vola,
Portant le feu dont le ciel nous menace,
Le ciel n’eut peur de l’effroyable audace
Qui des Geans le courage affola :
Mais aussi tost que le Soleil brusla,