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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/128

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Autre

Puis que ce qu’en commun des vices j’ay escrit
Tu veux prendre pour toy, touche-là, je l’advouë :
Et si ce n’est assez, je te promets et vouë
De faire encor’ pour toy renaistre Democrit.

Et qui ne se riroit d’un si subtil esprit,
Qui en blamant autruy, si sottement se louë ?
Et veut que par les vers dont ma Muse se joue
En me moquant de luy, je me mocque de Christ ?

Si vos opinions sont bien ou mal fondées,
Je m’en rapporte à ceux qui les ont mieux sondees,
Baste que je me sens meilleur Chrestien que toy.

Quant à ce que j’ay dit de vos façons de vivre,
Je ne veux pour cela faire brusler mon livre,
Car vos mœurs ne sont pas articles de la foy.


Autre

Je n’ay pas entrepris, pour défendre l’Eglise
Que vous nommez contraire à l’Eglise de Christ,
De vous dresser ici un combat par escrit :
J’en laisse faire à ceux qui la charge en ont prise.

Mais si la charité est ce que plus Dieu prise,
Et l’arbre par le fruict se cognoit, comme on dit,
Celuy qui comme moy, à vos mœurs contredit,
Contre le Dieu vivant n’a la guerre entreprise.

Or si vous usiez là de quelque charité,
Celuy qui rien n’y porte en sçait la verité.
Quant à vos autres mœurs, loix et façons de faire,

Tu me nommes à tort imprudent et menteur,
De ce que j’en ay dict je ne suis inventeur,
Car c’est de vos prescheurs la complainte ordinaire.


Fin des « Regrets ».