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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/123

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Ores je ne veux plus tels argumens eslire,
Ains je veux comme toy point d’un plus haut souci,
Chanter de ce grand Roy, dont le grave sourci
Fait trembler le celeste et l’infernal Empire.

Je veux chanter de Dieu, mais pour bien le chanter,
Il faut d’un avant-jeu ses louanges tenter,
Loüant, non la beauté de ceste masse ronde,

Mais ceste fleur, qui tient encor' un plus beau lieu :
Car comme elle est, Du-val, moins parfaite que Dieu,
Aussi l’est-elle plus que le reste du monde.

CLXXXVII

Bucanan, qui d’un vers aux plus vieux comparable
Le surnom de Sauvage ostes à l’Escossois,
Si j’avois Apollon facile en mon François,
Comme en ton Grec tu l’as, et Latin favorable,

Je ne ferois monter, spectacle miserable,
Dessus un echafaut les miseres des Rois :
Mais je rendrois par tout d’une plus douce voix
Le nom de Marguerite aux peuples admirable :

Je dirois ses vertus et dirois que les cieux,
L’ayant fait naistre ici d’un temps si vicieux
Pour estre l’ornement, et la fleur de son âge,

N’ont moins en cest endroit demonstré leur sçavoir,
Leur pouvoir, leur vertu, que les Muses d’avoir
Fait naistre un Bucanan de l’Ecosse sauvage.

CLXXXVIII

Paschal, je ne veux point Jupiter assommer,
Ni, comme fit Vulcan, luy rompre la cervelle,
Pour en tirer dehors une Pallas nouvelle,
Puis qu’on veut de ce nom ma Princesse nommer.

D’un effroyable armet je ne la veux armer,
Ny de ce que du nom d’une chevre on appelle,
Et moins pour avoir veu sa Gorgonne cruelle,
Veux-je en nouveaux cailloux les hommes transformer.

Je ne veux desguiser ma simple poësie
Sous le masque emprunté d’une fable moisie,