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Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/103

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Et sois souvent encor', muet, aveugle et sourd.

Ne fay que pour autruy importun on te nomme,
Faisant ce que je di, tu seras galand homme :
T’en souvienne, Dilliers, si tu veux vivre en Court.

CXL

Si tu veux seurement en Court te maintenir,
Le silence, Ronsard, te soit comme un decret.
Qui baille à son amy la clef de son secret,
Le fait de son amy son maistre devenir.

Tu dois encor', Ronsard, ce me semble, tenir
Aveq' ton ennemi quelque moyen discret,
Et faisant contre luy, monstrer qu’à ton regret
Le seul devoir te fait en ces termes venir.

Nous voyons bien souvent une longue amitié
Se changer pour un rien en fiere inimitié,
Et la haine en amour souvent se transformer.

Dont (veu le temps qui court) il ne faut s’esbahir,
Aime donques, Ronsard, comme pouvant haïr,
Hays donques, Ronsard, comme pouvant aimer.

CXLI

Ami, je t’apprendray (encores que tu sois,
Pour te donner conseil, de toy mesme assez sage)
Comme jamais tes vers ne te feront outrage,
Et ce qu’en tes escrits plus eviter tu dois.

Si de Dieu, ou du Roy tu parles quelquefois,
Fay que tu sois prudent, et sobre en ton langage :
Le trop parler de Dieu porte souvent dommage,
Et longues sont les mains des Princes et des Rois.

Ne t’attache à qui peut, si sa fureur l’allume,
Venger d’un coup d’espee un petit traict de plume,
Mais presse, comme on dit, ta levre avec le doy.

Ceux que de tes bons mots tu vois pasmer de rire,
Si quelque outrageux fol t’en veut faire desdire,
Ce seront les premiers à se mocquer de toy.