Page:Driant, Histoire d’une famille de soldats 1, 1901.djvu/457

Cette page a été validée par deux contributeurs.


nous tous la grande guerre, la guerre sainte qui nous rendra l’Alsace-Lorraine, en dépit de toutes les tentatives utopiques en faveur du désarmement des peuples.

Si vous vouliez bien m’accorder l’attention que vous avez apportée à la lecture de Jean Tapin, attention dont je vous remercie, mes enfants, je vous raconterai bientôt les aventures de ces deux générations de soldats et vous apprendrez ainsi l’histoire militaire de la France pendant le siècle qui s’achève.

Soldat dans l’âme, Jean Tapin devait faire souche de soldats.

Quant à lui il quitta Paris où la vue de l’uniforme étranger lui était devenue insupportable et il vint acheter dans le petit village de Saint-Cyr une maison de campagne non loin de la célèbre École militaire où il comptait un jour faire entrer ses deux fils.

Jacques Bailly céda sa maison de commerce pour l’y suivre avec Catherine, devenue toute blanche elle aussi. Et une vie calme et paisible commença pour cette famille dont l’existence avait été jusque-là si mouvementée.

Jean passait de longues heures dans son jardin, rêvant au passé, ou lisant les gazettes pour y trouver des nouvelles de l’Empereur proscrit.

Avec beaucoup de Français il avait espéré, pendant les premières années qui suivirent 1815, que le captif s’échapperait de Sainte-Hélène comme il s’était échappé de l’île d’Elbe.

Il reviendra, disait-il au colonel Letureau qu’il avait retrouvé au café Procope, plus bégayant que jamais.

Puis cet espoir s’éteignit, les années passèrent et un jour la nouvelle de la mort du Grand Homme arriva en Europe.

Il avait succombé le 5 mai 1821, miné par le chagrin, tué par le climat, achevé par les vexations de son geôlier, et un désespoir infini envahit le cœur de Jean Cardignac.

Quelque chose se brisait en lui.

Six semaines après l’arrivée de la lugubre nouvelle, il rencontra à Paris le maréchal Bertrand qui après avoir partagé avec le comte de Montholon l’exil de l’Empereur, revenait en France pour assurer l’exécution de ses dernières volontés.

Le grand maréchal connaissait Jean Cardignac et avait pour lui une