Page:Driant, Histoire d’une famille de soldats 1, 1901.djvu/45

Cette page a été validée par deux contributeurs.


depuis le cheval de trait, nourri dans les fermes de la Beauce, jusqu’au cheval de carrosse que le ministre de la guerre, Servan, avait réquisitionnés à la cour et dans tous les châteaux voisins de Paris.

Et tout cela allait vite, vite ; des « commissaires des guerres » ceints d’une écharpe tricolore, quelques-uns coiffés de chapeaux hauts de forme, semblables à ceux des maîtres de poste et portant une large cocarde tricolore, galopaient le long des convois ; on sentait qu’un même élan, une même impulsion, portait tout ce monde vers la frontière.

Une lieue environ séparait le régiment de son gîte — un gros village dont on apercevait le clocher.

La colonne s’arrêta cinq minutes ; et Jean vit arriver le colonel Bernadieu.

— Eh bien ? demanda ce dernier en riant, es-tu reposé ?

— Oui, colonel.

— Parfait ! Maintenant, tu vas laisser ton sac dans la voiture, reprendre ton tambour et rejoindre la tête. Il ne faut pas laisser tes jambes s’engourdir. Et puis, quand on arrive au gîte, à moins d’être mort, il faut se montrer et reprendre son rang : demain, tu feras seulement la moitié de la route en portant ton sac.

Jean Cardignac remercia et reprit sa place.

Une heure plus tard, on était arrivé…

Le petit tambour dormit bien, cette nuit-là, croyez-le, et il fallut que Belle-Rose le réveillât le lendemain matin : il n’avait pas entendu la diane.

Les jarrets un peu raides, il se remit en marche, et peu à peu, l’élasticité lui revint, ce dont il se sentit tout fier.

Il marchait maintenant comme un homme, et, grâce à l’intelligente sollicitude du colonel, Jean Tapin arriva, tout à fait entraîné, à Châlons.

Ce fut le 2 septembre 1792 que la 9e demi-brigade campa auprès de Châlons-sur-Marne.

Elle devait y attendre les ordres de marche, et parfaire l’habillement incomplet de son effectif.

— Selon toute probabilité, nous resterons ici trois ou quatre jours, avait déclaré le colonel Bernadieu.

Mais le lendemain, vers midi, on vit arriver une estafette qui passa au galop sur le flanc de la demi-brigade.