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Le général Maitland, la bouche pincée, choqué dans sa respectabilité britannique, demeura un court instant immobile, puis il hocha la tête et murmura :

« Entêtement !… » incompréhensible entêtement ! »

Il fit alors demi-tour et se dirigea vers son artillerie. Jean, qui le suivait des yeux, vit sa haute silhouette s’estomper dans le noir.

Alors, fouillant dans la poche de son plastron, Jean Cardignac en tira une petite miniature.

Mais à la lueur du pot à feu il reconnut, non pas celle qu’il cherchait et qui représentait sa femme et ses deux enfants, mais le portrait que lui avait remis — on s’en souvient — un officier prussien blessé à mort la veille de Valmy !

Il avait laissé cette miniature à Lisette — avec d’autres souvenirs de ses campagnes — et la jeune femme par mégarde sans doute, mue peut-être aussi par une prescience extraordinaire, l’avait placée dans sa poche avec les chères reliques qui devaient lui rappeler les siens.

Valmy ! comme c’était loin, et qu’elle était étrange cette évocation de la première bataille à l’heure suprême où, pour Jean Cardignac, s’achevait la dernière !

Il replaça le médaillon du mort de Saalfeld sur sa poitrine, trouva celui qu’il cherchait, le porta à ses lèvres et y déposa un long baiser. Puis il murmura :

— Adieu, ma Lisette ! adieu, mes chéris !

Se tournant alors vers ses grenadiers :

— Allons, mes braves ! dit-il, voilà la fin ! c’est pour la France et pour l’Empereur ! Garde à vous !…

La voix de l’officier était calme, énergique, bien assurée.

Les soldats s’alignèrent comme à l’exercice.

Quand ils furent immobiles :

— Apprêtez armes ! commanda Cardignac.

Les fusils sonnèrent sous l’étreinte énergique des grenadiers.

— Joue !…

D’un seul mouvement les armes s’abattirent.

— Feu ! ! !

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