Page:Driant, Histoire d’une famille de soldats 1, 1901.djvu/405

Cette page a été validée par deux contributeurs.


que vous puissiez me dire si vous reconnaissez son écriture, comme je crois la reconnaître moi-même. La voici :

Alors l’Empereur, prenant des mains d’un chambellan, une enveloppe scellée, dont il fit sauter le cachet, en tira un papier jaunâtre, taché, rongé, et qui avait dû passer par d’étranges mains avant d’arriver aux Tuileries.

— Oh ! fit Lise, dès qu’elle l’eut déplié, oh ! oui, Sire, c’est bien de lui… Et se sentant défaillir de bonheur, elle fondit en larmes.

— J’en suis heureux pour vous, Madame, reprit Napoléon d’une voix très douce ; et je me félicite de n’avoir pas à déplorer la perte d’un homme comme le colonel Cardignac. Vous lirez cette lettre tout à l’heure, à tête reposée, et vous ne m’en voudrez pas de vous retenir encore quelques minutes.

Et désignant Henri et Jean :

— Ce sont vos enfants, Madame ?…

— Oui, Sire.

— Deux jumeaux, n’est-ce pas, nés le jour de Friedland… Je suis bien renseigné, vous voyez ; le colonel Cardignac m’avait parlé d’eux la veille de la Moskowa et je lui avais dit ce jour-là de me les amener pour les présenter au roi de Rome. L’occasion se présente ; veuillez les conduire à l’impératrice.

Et ce disant, l’Empereur donna une légère tape sur la joue d’Henri qui, les mains derrière son dos et le nez en l’air, le regardait fixement, nullement interloqué.

L’Impératrice était assise sur un fauteuil à dossier très haut, surmonté d’un aigle d’or aux ailes éployées. Elle n’était pas jolie, mais un sourire très doux donnait un charme à sa physionomie. À ses pieds, un enfant aux boucles blondes, aux yeux bleus, aux joues fraîches, était assis sur un tabouret d’ivoire ; et devant ce groupe charmant, Lisette se sentit moins troublée. Elle s’inclina profondément, pendant que l’Empereur, en quelques mots, mettait Marie-Louise au courant.

Mais la présentation fut tout autre que l’Empereur ne l’avait prévu, car Henri, avec cet aplomb qui le caractérisait déjà, venait de quitter la main de sa mère, et tout heureux de voir un autre enfant, s’avança délibérément vers l’héritier impérial.

— Veux-tu jouer avec moi ? lui dit-il.

— Henri ! s’écria Lise stupéfaite.