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les préfets, les municipalités, les évêques, offrir des cavaliers montés ; la gendarmerie en fournit les cadres et les nouveaux régiments partirent aussitôt pour l’Allemagne au secours du prince Eugène et des débris de la Grande-Armée.

Et ce 12 mars, au moment où Mme Cardignac et ses deux enfants s’acheminent tristement vers le Carrousel, c’est que Napoléon, ayant donné à toute cette œuvre de réorganisation sa puissante impulsion, va passer une de ces revues que la population parisienne aime tant, avant de partir lui-même pour la campagne d’Allemagne.

Mais, me direz-vous, quel plaisir pouvait trouver la pauvre Lisette à assister à cette manifestation de la guerre, elle à qui la guerre avait ravi ce qu’elle avait de plus cher au monde ?

Aussi n’y allait-elle pas pour son plaisir, allez, mes enfants, mais, la veille, elle avait reçu la lettre suivante :


« Madame,

« S. M. l’Impératrice me charge d’avoir l’honneur de vous dire qu’elle assistera, demain, à la revue de la Jeune Garde et des Pupilles que passera Sa Majesté dans la cour du Carrousel, et qu’une place vous sera réservée dans la Tribune impériale pour vous et vos enfants. — S. M. l’Empereur désire en outre vous recevoir aux Tuileries, après la revue, pour une communication vous concernant. »

« Signé : Comtesse de Montesquiou. »
« Dame d’honneur. »


Et Lise, à qui les grondements du canon des Invalides annonçant la revue, les fanfares des régiments venant prendre leur place, ne rappelaient que de lugubres souvenirs, Lise était venue, et, sur la présentation de sa lettre, elle avait été installée dans la Tribune impériale, adossée à l’arc de triomphe du Carrousel.

Malgré sa tristesse, elle ne put se distraire du merveilleux spectacle qu’offrait à cette heure le vaste rectangle qui avait pour fond le palais du Louvre.

Deux régiments de la Garde impériale, qui étaient restés à Paris pendant la fatale campagne, occupaient la première face, et leurs drapeaux déchir-