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On arrivait à l’épaulement de la redoute. En une minute, les soldats du 9e, électrisés, eurent enlevé la plate-forme.

Jean, debout sur la plongée, battait toujours. Il fallut qu’une balle vint crever sa caisse — l’instrument avec lequel il avait commencé son métier de soldat — pour qu’il rejoignit alors le prince Eugène.

Les cuirassiers arrivaient de l’autre côté comme un fleuve de fer, et les Russes, serrés entre les cavaliers et le 9e de ligne, furent tués ou pris, après une superbe résistance.

Caulaincourt avait péri dans cette mêlée ; mais la Grande Redoute était à nous !

Dans le moment d’accalmie qui suivit cette tempête, ce fut dans le 9e un vrai délire ; car Grimbalet, reconnu par ses camarades, avait raconté à tout le monde que son commandant était l’enfant de la 9e demi-brigade.

Le colonel vint embrasser Jean Tapin.

« Mon cher camarade, dit-il en riant, je vous nomme caporal tambour.

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Cependant le prince Eugène avait, à la hâte, griffonné une dépêche pour Napoléon.

Les chevaux de deux cuirassiers tués furent réquisitionnés pour Jean et son ordonnance, et dix minutes plus tard, Jean remettait à Napoléon le billet du prince.

L’Empereur, qui avait suivi toute l’action était enchanté.

— Allons ! dit-il, Eugène me raconte ton affaire ! Tu n’as pas, à ce que je vois, oublié tes premières armes.

— Non, sire.

— Eh bien, puisqu’il n’y a pas de lieutenant-colonel dans les tapins, je vais en créer un. Je nomme un « Tapin » lieutenant-colonel. Tu restes à mon État-Major.

— Oh ! merci, sire !

— Et toi, Grimbalet, puisque tu as fait bon service et que tu aurais pu être tué à la place de ton cheval, je te porte pour la croix.

Tu l’auras quand nous serons à Moscou !

— Vive l’Empereur !

La bataille était gagnée ; les Russes se retirèrent, brûlant leurs canton-