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Le maréchal Ney, insouciant du danger, galopait sur le front de sa ligne, soutenant par sa bravoure et sa chaude parole le courage de ses soldats.

Il ne fallait rien moins, mes enfants, que ce noble exemple pour montrer à chacun son devoir.

Jean Tapin, qui ne quittait pas le Maréchal était émerveillé, de son héroïsme.

— Certes, pensait-il, l’Empereur a raison lorsqu’il dit que cet homme est un lion !

En effet, les boulets enlevaient dans les bataillons des files entières, mais, stoïques, les hommes obéissaient comme à l’exercice aux commandements des officiers qui, sans cesse — à mesure que des vides se creusaient — disaient avec un calme imperturbable :

— Serrez, serrez les rangs !

Et on serrait les rangs sans broncher, sans un murmure.

Comme on a raison de dire que ce qui rehausse l’homme au-dessus de tous les êtres, c’est le mépris du danger !

Pourtant, lorsque, pour achever l’œuvre de leur artillerie, les Russes lancèrent leur cavalerie sur ces troupes héroïques, il y eut un flottement dans nos rangs.

La division du général Bisson plia un instant.

Mais ce ne fut qu’un éclair !

Ramenés en arrière par une charge de dragons, les Russes plièrent à leur tour, et Ney, s’élançant en personne, entraîna tout son monde. Au bout d’un quart d’heure de mêlée affreuse, Friedland, enflammé par les obus, était en notre pouvoir.

Napoléon avait tout vu dans sa lorgnette, et Jean Cardignac qui revenait au galop, pour lui rendre compte du succès, n’eut à lui apprendre que des détails.

Mais comme il venait de terminer son récit, l’Empereur lui dit soudain :

— Ah ça ! tu es blessé ? Il faut aller te faire panser.

— Blessé ? Mais non, sire.

— Mais si, tu saignes, au front !

— Ah ! Je ne m’en étais pas aperçu !

C’était vrai : une balle lui avait éraflé la peau. Dans l’enfièvrement de l’action, Jean ne s’en était pas même douté. peau.