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Il ne prit du repos que lorsque son artillerie fut en place, et depuis cette mémorable veillée, les habitants du pays, qui étaient pourtant nos ennemis, ont débaptisé le Landgrafenberg. Dans l’admiration que leur causait cet Empereur au génie prodigieux, ils nommèrent le plateau où il avait couché le Napoléonsberg. c’est-à-dire la « montagne de Napoléon ».

Ils marquèrent — dit M. Thiers dans son Histoire de l’Empire : « d’un amas de pierres brutes, l’endroit où Napoléon, populaire partout, même dans les lieux où il ne s’est montré que terrible, passa cette nuit mémorable. »

Le lendemain, 14 octobre 1806, Napoléon passa avant le jour la revue de ses troupes.

Sa marche était éclairée par des cavaliers portant des torches.

Partout on l’accueillit, suivant la coutume, aux cris de « Vive l’Empereur ! » et, comme le jour pointait, l’ordre d’attaque fut donné, malgré le brouillard épais qui s’étendait sur la campagne. À neuf heures du matin, le général prussien Tauenzien était débordé par les généraux Gazan et Suchet, en même temps que le maréchal Ney pénétrait dans Iéna. Mais dans cette manœuvre, il y eut pour le brave maréchal un moment critique.

Ses grenadiers et ses voltigeurs furent obligés de former le carré pour résister aux charges de la cavalerie prussienne.

Placé au milieu de ses hommes, à côté des drapeaux, Ney, qu’on a surnommé à juste titre « le Brave des braves », soutint héroïquement le choc.

Mais Napoléon, prévenu de ce qui se passait, craignit que l’effort des Prussiens ne brisât quand même cette partie de sa ligne de bataille. De suite il envoya à Lannes l’ordre de se porter au secours de Ney avec de l’infanterie ; au général Bertrand un ordre identique, lui prescrivant de lancer sur les Prussiens deux régiments de cavalerie légère ; puis, ayant de sa lorgnette sondé l’emplacement où Ney se trouvait en péril :

— Il faut qu’il tienne à tout prix ! s’écria-t-il. Un officier pour aller trouver Ney !

Jean Cardignac, la main au chapeau, s’avança :

— Pars au galop !… ordonna Napoléon. Tâche de percer la ligne ennemie, d’arriver jusqu’au carré du maréchal. Tu lui diras que je veux qu’il tienne jusqu’à ce que je l’envoie dégager… Tu as bien compris ?

— Oui, Sire !