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Des automobiles, il se fut servi pour traîner derrière lui ses parcs de corps d’armée, les lourds canons de siège jadis attelés de bœufs, ou pour transporter en poste, à raison de 300 kilomètres par jour, les troupes d’élite à l’aide desquelles, sur le point choisi, il frappait le coup décisif.

Pour l’instant, il s en tenait à ce qui lui semblait le plus pratique, le plus sùr, en meme temps le plus rapide : la voiture et les chevaux. Et cela constituait une innovation pour l’époque ! Tout le long du parcours, les paysans ébahis arrêtaient leur charrue, ou sortaient sur le seuil des portes, en voyant arriver, grand train, ce long convoi chargé de fantassins, qui riaient de leur mine ahurie et leur lançaient au passage des plaisanteries ou des propos saugrenus :

— Allons ! toi, l’gros père, embarque ! On va s’serrer pour te faire de la place !…

— Hé ! là ! la commère au bonnet blanc, nous n’avons plus de cantinière ! faut venir avec nous ! L’postillon va vous mettre en croupe car il n’y a plus d’place dans l’carrosse !

Mais à peine les interpellés avaient-ils le temps de s’étonner ou de lancer un vivat aux soldats, que déjà le convoi était loin.

On faisait ainsi vingt lieues par jour ; les chevaux des officiers montés étaient restés au premier gîte d’étape, car ils n’auraient pu suivre à pareille allure, et tout le monde — depuis les colonels jusqu’au simple soldat — avait pris place dans les chars à bancs.

C’est ainsi que, en six jours, la garde impériale était sur le Rhin. Les officiers se remontèrent alors dans les dépôts de cavalerie.

Et l’on pénétra en Allemagne.

Napoléon avait préparé cette nouvelle campagne avec le soin qu’il apportait à toutes choses.

Avant de quitter Paris, il avait organisé la défense de toutes nos frontières.

Prévoyant une intervention possible de l’Autriche, il avait chargé Masséna, commandant l’armée d’Italie, ainsi que le général Marmont de veiller de ce côté.

Kellermann, le roi Louis de Hollande, frère de Napoléon, le maréchal Mortier et le maréchal Brune couvraient le Rhin — de Mayence au Helder — et la côte, du Helder à Boulogne.