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On peut dire, vous le voyez, mes enfants, que ce fut une vraie « fête de guerre ».

Mais Napoléon resta peu de temps au camp de Boulogne, et, quelques jours plus tard, il se dirigea vers la frontière du Rhin pour l’inspecter.

Jean était naturellement resté au camp avec son bataillon, et Lison vint l’y rejoindre.

Elle habitait, dans Boulogne même, un logement loué pour elle par son mari, et de la sorte les deux jeunes mariés purent passer ensemble les instants que le service laissait libres.

C’est là qu’ils apprirent, par des lettres de Jacques Bailly et par le Moniteur, tous les détails du sacre de Napoléon, qui eut lieu le 2 décembre 1804, à Notre-Dame de Paris.

Le pape Pie vii était venu de Borne, tout exprès pour sacrer l’Empereur. Mais après avoir reçu la bénédiction papale, Napoléon avait saisi lui-même la couronne de Charlemagne, sans attendre que le Saint-Père la prit pour le couronner, et se l’était lui-même placée sur la tête ; puis il avait couronné de même Joséphine, Impératrice des Français.

Napoléon ier était maintenant aux yeux de tous l’égal des anciens rois.

L’hiver de 1805 suspendit en partie les opérations de guerre, et Napoléon en profita pour s’occuper de compléter l’organisation de l’Empire.

C’est à cette époque qu’il fit de l’Italie un royaume, vassal de la France, dont le fils de l’impératrice, Eugène de Beauharnais, fut nommé vice-roi.

Puis le printemps revint et avec lui l’espérance, pour les troupes dont l’enthousiasme ne s’abattait point

— Allons ! pensait-on, voici les beaux jours ; le Petit Tondu va nous faire marcher.

Mais les flottes de guerre n’étaient pas encore rassemblées ; il fallait attendre encore !

Et le temps sembla long à tous ces braves, car l’été vint sans que l’Empereur eut pris une détermination définitive.

Seule, Lisette, heureuse de garder son mari, ne se plaignait pas : les deux jeunes gens s’aimaient davantage de jour en jour.

Enfin, le 3 août 1805, Napoléon revint à Boulogne, et, pour tous, il apparut clairement que le moment décisif approchait, car la maison militaire de l’Empereur l’accompagnait, ainsi que ses voitures de campagne.