Page:Driant, Histoire d’une famille de soldats 1, 1901.djvu/301

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


millions il s’agissait. Mais il devint tout à fait aphone quand le jeune officier lui glissa dans la main un rouleau de deux cents écus.

— Prends et ne fais pas de façons avec moi dit Jean ; le temps n’est plus où nous mangions du chat ensemble. C’est pour t’offrir des douceurs et améliorer le menu de l’Hôtel ; je suis riche maintenant et tu me ferais de la peine en n’acceptant pas.

Jean était parti depuis une heure que La Ramée se mouchait encore, avec des sonorités de trombone, pour déguiser son émotion.

Le même soir, il vint dîner rue de la Huchette, et l’on décida en famille la date du mariage de Jean et de Lison.

Il eut lieu le 15 mars 1803, en la vieille église Saint-Séverin.

Jean était superbe dans sa tenue de ville, avec le chapeau à claque, la culotte et les bas de soie blancs.

Quant à Lisette, je n’ai pas besoin de vous dire qu’elle était ravissante dans sa robe blanche brodée, qui s’harmonisait si bien avec son joli visage et ses cheveux blonds.

Beaucoup d’officiers de la Garde Consulaire assistaient à la cérémonie, car il faut vous dire que Jean avait déjà pris son service.

Son chef de bataillon, le commandant Merle, était son premier témoin ; son second était le vieux Belle-Rose qui planta, d’un trait de plume énergique, une grande croix, en guise de signature, sur le registre paroissial.

La Ramée était là, bien entendu, donnant le bras à maîtresse Sansonneau, et faisant résonner les dalles de l’église sous sa jambe de bois. Grimbalet suivait la noce en bel habit bleu barbeau, ainsi que Cancalot qui semblait immense sous son bonnet à poil.

Tous les amis enfin étaient présents et, dans le quartier, la population entière fit cortège aux jeunes époux, si gentils et si gracieux.

À dater de ce jour, Lisette, devenue Mme Cardignac, cessa d’habiter la rue de la Huchette.

Le bataillon de son mari était en effet en garnison à Courbevoie, dans la grande caserne qui existe encore aujourd’hui, et qui était à cette époque l’une des plus belles de France.

En raison de l’éloignement, Jean Cardignac avait loué une petite maison, sur les coteaux qui dominent la Seine et qui n’étaient pas alors, comme aujourd’hui, couverts de constructions.