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naître, l’électricité n’était pour rien dans son fonctionnement ; car il se composait alors de grands bras mobiles, placés sur de hautes tours, et susceptibles de faire des signaux aériens, recueillis de distance en distance. C’est Claude Chappe, dont vous voyez la statue sur le boulevard Saint-Germain, qui l’avait imaginé, et la première dépêche (30 août 1794) que cette invention permit de transmettre à Paris, fut la suivante : « Condé est restitué à la République : reddition a eu lieu ce matin à six heures. »

Catherine, donc, désespérait d’apprendre le sort de son petit Tapin et de Bernadieu avant plusieurs semaines peut-être ; et tout le monde se coucha ce soir-là le cœur triste, l’âme remplie d’inquiétude.

Le lendemain matin, comme Sansonneau ouvrait les volets de sa boutique, il fut très surpris de voir un cavalier — un dragon — arrêter son cheval devant le magasin.

— C’est ici que demeure la citoyenne Catherine ?

— Oui, citoyen dragon, lui dit Sansonneau.

— Voilà pour lui remettre.

En même temps, le cavalier tendit un pli à l’épicier et tourna bride.

La lettre portait le cachet de Carnot.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? murmura le marchand d’épices, devenu subitement inquiet, et tournant la missive entre ses gros doigts.

Il rentra, appela Catherine et lui remit la lettre. La cantinière fit sauter le cachet, et, toute pâle, s’écria :

— Une lettre de l’armée !!…

C’était vrai.

Profitant du courrier du général en chef à Carnot, Bernadieu avait obtenu d’y joindre une lettre personnelle. C’était donc Carnot lui-même qui transmettait cette lettre à Catherine.

Un instant plus tard, dans l’arrière-boutique, tout le monde en écoutait la lecture.

C’était Jean Tapin qui écrivait ; et voici ce qu’il disait :


« Ma chère maman Catherine,
« Ma bonne petite Lison,

« Je vous écris ces lignes du village de Lambusart, près de la Sambre, au milieu des murs démolis par les boulets et noircis par l’incendie, car tout