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Les mois eux-mêmes étaient scindés en décades, c’est-à-dire, en trois périodes de dix jours.

Cette adoption du calendrier, dit calendrier républicain, fut, nous l’avons dit, de courte durée, mais il y eut, à cette époque pourtant si troublée, des innovations qui devaient rester et qui prouvent que le gouvernement d’alors songeait, malgré les difficultés de l’heure présente, à créer en France des choses durables et utiles à tous.

C’est de cette époque que date l’adoption du « système métrique », ainsi que de beaucoup d’autres mesures, destinées à simplifier les relations de province à province, et à développer l’instruction du peuple. C’est ainsi — pour ne citer que quelques-uns de ces décrets si utiles — qu’on fonda les Écoles Primaires, des Écoles de Droit et de Médecine, l’Institut, le Conservatoire des Arts et Métiers, l’École Polytechnique, et qu’on chercha à réglementer les formes de la justice en commençant le Code civil.

Donc, un soir de messidor, exactement le 11 messidor qui correspondait au 29 juin 1794, Catherine, en dépliant le journal, lut, non sans une vive émotion, la dépêche succincte annonçant la victoire de Fleurus, remportée trois jours auparavant, c’est-à-dire le 8 messidor (26 juin 1794) par le général Jourdan sur les Autrichiens.

Or, c’était le général Jourdan qui commandait l’armée de Sambre-et-Meuse, armée dans laquelle se trouvaient justement Bernadieu et Tapin !

Vous pensez, mes enfants, si une émotion intense s’empara de Catherine, de Lison et même de maître et maîtresse Sansonneau. Le gros homme ne put s’empêcher de murmurer :

— Pourvu qu’il ne leur soit pas arrivé malheur !

— Hélas ! soupira Catherine, pendant que Lison pleurait en silence. Puis, au bout d’un instant, la cantinière reprit douloureusement :

— Autrefois, quand j’étais sur ma charrette, auprès d’eux, je « savais » tout de suite. Oh ! comme je donnerais cher pour avoir des nouvelles ! »

Aujourd’hui, avec la poste et le télégraphe, on peut avoir des nouvelles rapides en temps de guerre. Mais alors ce n’était pas commode !

Les courriers, les estafettes apportaient, il est vrai, avec une grande rapidité, les récits officiels des opérations ; par contre, les lettres privées arrivaient des armées avec une extrême lenteur.

Quant au télégraphe, je n’ai pas besoin de vous dire que, s’il venait de