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serais encore qu’un galopin ?… Pourtant, tu as deux citations, un sabre d’honneur !… On est soldat, ou on ne l’est pas, que diable ! »

Cette évocation de son titre de soldat remit Jean d’aplomb.

« Excusez-moi, colonel… Je n’ai pas osé !

— C’est bien ce que je te reproche ? Enfin, tu t’ennuies ici ?

— Oh ! non ! Je n’ai pas dit ça… seulement…

— Seulement ?

— Je voudrais bien… pouvoir aller quelquefois avec vous, voilà !

— Nous verrons cela d’ici quelque temps, dit Bernadieu, redevenu paternel. Pour l’instant, continue ton travail.

Jamais Tapin ne s’appliqua autant qu’après cette bienveillante semonce.

À quelques jours de là, ayant constaté le bon vouloir de son petit protégé, le colonel lui dit :

— Au lieu d’aller directement au bureau, tu viendras demain matin me prendre chez moi, à sept heures.

À l’heure dite, le petit tambour grimpait l’escalier de la maison de Bernadieu et frappait à la porte. Ce fut « l’officieux » du colonel qui vint lui ouvrir et l’introduisit prés de son chef.

À cette époque on désignait par ce mot les serviteurs en général ; on ne disait pas : « mon valet de chambre » ou « mon domestique » ; on disait : « mon officieux. »

— À la bonne heure !… tu es exact, dit le colonel en prenant son chapeau et ses gants ; allons ! en route !

Puis, lorsqu’ils furent dans la rue :

— Nous n’allons pas au bureau ; je t’emmène à l’école militaire… tu vas prendre ta première leçon d’équitation. Je vais voir si tu t’en tires à peu près et si tu seras capable de faire un cavalier.

— Oh ! quelle chance !… s’écria Jean.

— Attends un peu avant de te réjouir ! ça n’est pas si drôle que tu crois… du moins, au début.

Un peu plus tard, Jean Tapin faisait son entrée au manège.

Un vieux maréchal des logis de hussards, aux moustaches toutes blanches, s’y trouvait et vint saluer le colonel.

— Bonjour, Romulus ! dit ce dernier ; je t’amène le petit élève dont je t’ai parlé.