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Piémontais avaient rassemblé leurs armées et se vantaient déjà avec insolence d’arriver chez nous en maîtres.

Le général des Austro-Prussiens, le duc de Brunswick, dans un manifeste daté du mois précédent, venait de déclarer qu’il entrait en France pour y rétablir l’ordre au nom du roi de Prusse, que tout garde national pris les armes à la main serait traité comme rebelle, et que tous les habitants qui oseraient résister aux armées coalisées seraient mis à mort et leurs maisons brûlées, comme si le fait de défendre son pays — qui constitue le premier des devoirs — était un véritable crime.

Comprenez-vous, mes enfants, l’indignation que dut soulever un pareil langage dans un pays comme le nôtre, et combien ces menaces, destinées à paralyser la défense du sol, y furent méprisées ?

Ajoutez à cela qu’à l’intérieur le trouble était grand et qu’une transformation dans les mœurs et les coutumes s’accomplissait, non sans émeutes : mais ce n’était pas une raison pour que l’étranger se permît de se mêler de nos affaires.

Enfin pour compléter le tableau de la France à cette époque, sachez qu’appauvrie par une mauvaise administration, elle n’avait plus que trois armées de faible effectif : la première, commandée par le général Rochambeau, en face de la Belgique, autrichienne alors ; la seconde, aux ordres de Dumouriez, entre la Meuse et l’Aisne ; la troisième enfin défendait la Lorraine sous le général Kellermann.

Au mois d’avril de cette même année 1792, la première de ces armées avait subi de graves échecs, et ses soldats, saisis d’une terreur panique, s’étaient débandés sans avoir vu l’ennemi. Puis, se vengeant sur leurs chefs qu’ils accusaient de trahison, ils avaient assassiné l’un deux, le général Dillon.

Les Autrichiens et les Prussiens, possédant des armées solides et instruites d’après les principes de Frédéric le Grand, croyaient donc pouvoir considérer la France comme une proie assurée, et le redoutable danger qui nous menaçait, à l’heure où commence ce récit, vous fera comprendre l’émotion extraordinaire qui, ce jour-là, secouait Paris.

Un grand souffle d’enthousiasme avait passé sur la France ; pour fondre des canons, on prit les statues de bronze et les cloches des églises : les femmes donnaient leurs bijoux, les enfants leurs livres de prix ; le drapeau