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CHAPITRE VII

où maître sansonneau reconnut la justesse du proverbe :
« on a souvent besoin d’un plus petit que soi. »


Tout heureux qu’il fût de n’avoir pas quitté son colonel, non plus que son amie Lisette et sa maman Catherine, Jean Tapin éprouva pourtant quelque peine à se plier à ses nouvelles fonctions.

Bernadieu l’avait en effet installé dans son bureau : comme le petit soldat arrivait très bien, avait — chose rare à l’époque — de l’orthographe, et qu’il rédigeait suffisamment, son protecteur l’avait pris comme secrétaire.

Il voyait là un moyen d’ouvrir à l’enfant qu’il protégeait des horizons nouveaux ; il voulait que ce gamin, intelligent et brave, acquît pour plus tard des connaissances techniques, que son esprit s’éveillât et devint désireux de savoir.

— Puisque tu as le tempérament d’un soldat, lui avait-il dit, il faut viser haut. Tu as fait preuve de bravoure, mais ce n’est pas suffisant. On peut être doué d’un grand courage et rester simple soldat toute sa vie. Pour arriver à commander des hommes, vois-tu, mon enfant, il faut non seulement être aussi brave qu’eux, mais encore être plus instruit et acquérir ainsi le droit de les conduire. Il faut donc apprendre, et c’est pour cela que j’ai tenu à te garder auprès de moi. Ne te rebute jamais ! Les besognes d’écriture que tu auras pourront parfois t’ennuyer. N’importe ! Appliques-y ton intelligence : tu t’en trouveras bien ; et, surtout, cherche toujours à comprendre… Si tu ne saisis pas du premier coup, questionne-moi ! »