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Ramée et notre ami Jean, en souvenir de leur mémorable action recevaient chacun, des mains de Merlin, le représentant du peuple, un superbe sabre d’honneur, sur la lame duquel était gravée une inscription à leur nom.

Sur celui du petit tambour étaient inscrits ces mots :


à jean cardignac, dit jean tapin

la nation
a offert ce sabre d’honneur

pour son héroïsme au siège de mayence


Cet épisode peut donner une idée exacte de l’énergie déployée dans la défense ; et plus le siège avançait, plus il fallait de courage et d’abnégation aux défenseurs de la place.

Les Prussiens avaient réussi à brûller les moulins : on dut installer des moulins à bras pour broyer les graines destinées à la fabrication du pain.

Les vivres diminuaient chaque jour. Un chat se payait six livres ; le cheval mort valait quarante-cinq sols la livre.

De plus, on était toujours sans nouvelles de Custine et des armées françaises.

Dans ces conditions, la résistance devenait impossible ; aussi Merlin rassembla-t-il en conseil les généraux et les colonels.

— Évidemment — dit le représentant du peuple, nous pouvons résister jusqu’au bout ; nous pouvons mourir de faim, s’il le faut ; nous pouvons même nous ensevelir jusqu’au dernier sous les ruines de Mayence. Mais cela servira-t-il à la nation ? Je ne le crois pas !… Nous sacrifierions de la sorte une armée aguerrie, dont le concours peut devenir ultérieurement d’une grande utilité pour le pays, et cela, sans conserver Mayence. Je crois donc que le mieux, au point où nous en sommes, serait de rendre la place, mais en réclamant les honneurs de la guerre. Qu’en pensez-vous ?

Commençant par le plus jeune, Merlin demanda l’avis de tous les officiers présents. Tous reconnurent la justesse de son raisonnement.

Le lendemain, le colonel Bernadieu, désigné comme parlementaire et escorté de quelques hussards, portait au camp ennemi les propositions du conseil des généraux.

Il est juste de dire, mes enfants, que le roi de Prusse, ayant appris à