Page:Doyle - Les recrues de Monmouth, trad. Savine, 1911.djvu/246

Cette page n’a pas encore été corrigée


la peau jaune et parcheminée était fortement tirée, lui donnaient l'air d'un esprit qui inspire la crainte.

On eût dit un impur oiseau de proie, un de ces vampires dont parlent les conteurs.

-À quoi bon de l'argent dans ce désert ? remarquai-je. Elle ne peut pas se nourrir d'une pièce d'argent.

Elle se hâta de nouer la pièce de monnaie dans un coin de ses haillons comme si elle craignait que je vinsse la lui prendre par force.

-Cela servira à acheter du pain, croassa-t-elle.

-Mais qui vous en vendra, bonne femme ? demandai-je.

-On en vend à Fovant, et on en vend à Hindon, répondit-elle. Je reste ici pendant le jour, mais je voyage pendant la nuit.

-Je garantis qu'elle voyage en effet, et sur un manche à balai, dit Saxon, mais dites-nous, la mère, qui est ce pendu, au-dessus de vous ?

-C'est celui qui a fait périr mon dernier-né, dit la vieille, en jetant un regard méchant à la momie qui pendait là-haut, et lui tendant son poing fermé, où il ne restait guère plus de chair que sur l'autre. C'est celui qui a fait périr mon brave petit garçon. Il le rencontra sur la vaste lande, et lui arracha sa jeune vie, quand aucune main secourable n'était là pour arrêter le coup. C'est ici qu'a été versé le sang de mon garçon.