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LA NOUVELLE CHRONIQUE

aisément du meurtre de Garcia un acte de légitime défense. Que ses meurtriers aient ou non commis dans le passé cent autres crimes, il n’y a que celui-là pour lequel on puisse les juger.

— Bah ! bah ! fit gaiement l’inspecteur, j’ai de la loi une meilleure opinion. C’est une chose que de se défendre ; c’en est une autre que d’assassiner quelqu’un après l’avoir froidement attiré dans, un piège, quoi qu’on eût à craindre de lui. Non, non, l’événement nous donnera raison. Les prochaines assises de Guilford ne se tiendront pas sans que nous y voyions les locataires de High Gable.

C’est pourtant un fait de l’histoire qu’un certain temps devait s’écouler avant que le Tigre de San Pedro n’eût le sort qu’il méritait. Malins autant que hardis, son compagnon et lui échappèrent à l’agent qui les poursuivait en entrant dans un hôtel garni d’Edmonton Street, pour ressortir par une porte de derrière dans Curzon Square. Et dès lors, la police anglaise perdit leur trace. Environ six mois plus tard, le marquis de Montalva et le signor Rulli, son secrétaire, étaient tous les deux assassinés dans leur appartement de l’Hôtel Escorial à Madrid. On imputa le crime aux nihilistes, les assassins demeurèrent introuvables. L’inspecteur Baynes vint nous voir à Baker Street ; il avait un signalement des victimes qui détaillait le visage basané du secrétaire, les traits mystérieux, les magnétiques yeux noirs et les sourcils touffus de son maître : nous ne pûmes douter que la justice, pour avoir tardé à venir, fût cependant venue.

— Quelle affaire chaotique, mon cher Watson ! me dit Holmes, en fumant sa pipe, le soir. Je vous défie bien de la présenter dans cette forme serrée qui vous est chère. Elle embrasse deux continents, touche à