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vages se firent entendre dans les rochers.

— Ces idiots se figurent que nous avons tous sauté. Ils vont maintenant se précipiter sur nous, aussi sûr que je suis ici. À notre tour, maintenant, de leur tirer dessus. Avez-vous votre revolver. Anesley ?

— J’ai cet excellent fusil de chasse à deux coups.

— Parfait. Quelles cartouches ?

— Des cartouches de gros plomb de chasse.

— Bien. Moi j’ai mon revolver chargé de chevrotines, car un revolver d’ordonnance n’arrêterait pas plus ces gaillards-là qu’une simple sarbacane.

— Un instant, continua Mortimer en assujettissant solidement ses lunettes sur son nez ; je crois qu’ils vont nous tomber dessus !…

— Il est exactement, fit remarquer Scott, quatre heures dix-sept minutes.


ANESLEY REÇOIT LE BAPTÊME DU FEU.


Anesley s’était étendu à l’abri des balles derrière un chameau. Il regardait avec une curiosité avide les rochers qui se dressaient en face. De temps en temps de légers nuages de fumée blanche s’élevaient, mais on ne pouvait distinguer les assaillants. Le jeune reporter ressentait une émotion indicible à la pensée de ces ennemis qui, minute par minute, instant par instant, se rapprochaient de lui. Au moment où la bouilloire avait volé en éclats il avait entendu leurs cris de joie et, presque simultanément, une voix puissante avait proféré des paroles dont il n’avait point compris le sens, mais qui avaient provoqué un haussement d’épaules de Scott.

— Il faut d’abord qu’ils viennent nous prendre, avait murmuré ce dernier.

La fusille de avait commencé à une distance de quelques centaines de yards et, en raison de la faible portée de leurs armes, les correspondants de presse se trouvaient dans l’impossibilité de répondre. Heureusement l’Africain n’a jamais accordé pleine et entière confiance à son fusil et ses instincts primitifs qui l’entraînent à engager un corps à corps avec son ennemi sont encore trop puissants pour lui faire admettre une autre stratégie. L’ennemi s’approcha donc de plus en plus et bientôt Anesley put distinguer une tête au-dessus des rochers, une tête énorme, aux cheveux crépus, à la mâchoire proéminente, à l’expression féroce. Cet homme brandit au bout de son long bras un fusil Hemington et le tendit dans leur direction comme pour les désigner.

— Faut-il tirer ? demanda Anesley.

— Non. Il n’est pas à portée et votre charge de plomb ne ferait que s’éparpiller.

— Avez-vous votre appareil de photographie, demanda Scott, ce serait le moment de l’utiliser…

Un autre Arabe aux traits fins, à la barbe noire coupée en pointe, s’était montré derrière une autre roche. Sa tête était couverte d’un turban vert, insigne de chef.

— C’est une foule bigarrée, dit Scott.

— Le dernier appartient à la tribu des Baggaras répondit Mortimer… voici encore un nègre… un autre…

— Et deux de plus… Des Dimgas, de cette peuplade batailleuse qui ne se plaît que dans les combats, peu importe pour qui et contre qui !

— Quand ils approcheront, je leur donnerai une explication… aux chevrotines ! Tenez-vous bien Anesley, ils arrivent…

C’était vrai. Ils se précipitaient sous la conduite de l’Arabe au turban vert. Derrière lui courait le nègre aux boucles d’oreille d’argent. C’était un véritable géant ; il dépassait de la tête les deux autres noirs qui le suivaient.

— Allons ! Anesley ! Visez l’Arabe.

Il épaula son fusil, vit le visage grimaçant au bout de la ligne de mire, et appuya à deux reprises sur la détente, inutilement. Deux coups de revolver se firent entendre à ses côtés et il vit une tache rouge qui empourprait la poitrine de l’Arabe.

— Tirez, mais tirez donc, imbécile, s’écria Scott.

Il appuya sur la gâchette sans penser à armer son fusil ; mais deux nouveaux coups de feu éclatèrent près de lui et le nègre gigantesque s’abattit pour se relever et retomber ensuite, définitivement.

— Armez donc votre fusil, idiot, cria une voix furieuse. Au même instant, l’Arabe bondit par-dessus le chameau étendu et Anesley reçut sur la poitrine les deux pieds nus de son adversaire ; en même temps il entendit tout près de sa tête une formidable explosion…

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

— Au revoir, mon vieux ! Vous serez très vite remis. Prenez patience.

C’était la voix de Mortimer.

— Désolés de vous abandonner, mais nous aurons de la chance si nous pouvons envoyer nos dépêches à temps.

Et Scott serrait les sangles de son cheval.

— Nous aurons soin de mettre dans nos