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Page:Doyle - Du mystérieux au tragique.djvu/55

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M. WILSON (p. 54)


« Ce fut alors, et d’emblée, dans l’espace d’environ une semaine, que je conçus pour la première fois la vraie nature, le caractère réel de l’homme que j’avais si imprudemment admis dans mon intimité. J’en fis la découverte quand des lettres d’amis étrangers m’apprirent que les recommandations, dont il avait usé près de moi étaient toutes fausses. Confondu par cette révélation, je me demandai à quoi pouvait tendre, dans le principe, une fraude aussi compliquée. J’étais trop pauvre pour un chasseur de dot. Mais alors ?… Je me rappelai que j’avais en dépôt quelques-unes des pierres les plus précieuses de l’Europe ; je me rappelai aussi les ingénieux prétextes sous lesquels cet homme avait su se rendre familières les vitrines qui les contenaient. Le coquin devait tramer un vol gigantesque. Comment, sans porter un coup à ma fille, éprise de lui, l’empêcher de mettre ses projets à exécution ? J’usai d’un expédient, le seul qui me parût efficace. Si je vous avais écrit une lettre signée de mon nom, vous m’auriez, naturellement réclamé des précisions que je ne voulais pas fournir. J’eus recours à la lettre anonyme, pour vous aviser d’être sur vos gardes.

« Mon départ de Belmore Street pour Norwood n’avait rien changé aux visites du soi-disant Wilson, qui avait, je le crois, une très sincère et très vive affection pour ma fille. Quant à elle, je n’aurais jamais supposé qu’une femme pût subir à ce point l’ascendant d’un homme. Il semblait la dominer entièrement. Cette domination, et le degré de leur entente, je n’en eus la révélation que le soir où, lui-même, il se révéla devant moi. J’avais donné des ordres pour qu’à son arrivée on le conduisît dans mon cabinet de travail et non