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Page:Doyle - Du mystérieux au tragique.djvu/54

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votre porte. La fin justifiait le moyen. Elle justifiait tout. Quand vous saurez, vous n’aurez plus de colère ; du moins, plus de colère contre moi. J’avais une clef pour la porte de votre entrée particulière ; et j’en avais une aussi pour la porte du musée. Je les avais gardées lors de mon départ. Ainsi, vous voyez, il m’était facile de pénétrer dans l’édifice. Je m’y introduisais avant que la circulation eût tout à fait cessé dans la rue. Je me cachais dans le coffre à momie ; je m’y réfugiais quand Simpson faisait ses rondes, car toujours je l’entendais d’assez loin ; et enfin, je m’en allais comme j’étais venu.

— Vous couriez des risques.

— Je le devais.

— Pourquoi ? Quelles raisons pouviez-vous avoir, vous, de faire une chose pareille ?

Et d’un index accusateur Mortimer désignait le joyau posé devant lui sur la table.

— Je n’avais pas le choix des moyens. Tout réfléchi, je ne voyais pas d’autre perspective qu’un scandale public, en même temps qu’un malheur privé qui eût assombri nos existences. J’agissais pour le mieux, si incroyable que cela vous paraisse ; et je ne vous demande qu’un peu d’attention pour vous en convaincre.

— Avant de prendre aucune décision, prononça mon ami, sévèrement, j’écouterai tout ce que vous avez à me dire.

— J’ai pris mon parti de ne rien vous cacher, de me confier à vous sans réserves. Votre générosité appréciera la suite que les faits comportent.

— Les faits, nous en connaissons déjà l’essentiel.

— Et cependant, ils vous restent incompréhensibles. Laissez-moi remonter à ce qui se passa il y a une semaine : alors, tout s’expliquera pour vous. Et croyez bien que ce que je vous raconte est la vérité pure.

« Vous connaissez l’individu qui se fait appeler Capitaine Wilson. Je dis : « qui se fait appeler », parce que j’ai aujourd’hui mes raisons de croire que ce n’est pas son nom véritable. Cela me prendrait trop de temps de vous énumérer tous les moyens qu’il mit en œuvre pour parvenir jusqu’à moi et capter, avec mon amitié, l’affection de ma fille. Il m’apporta des lettres de collègues étrangers qui m’obligeaient à lui montrer quelques égards. Puis, par ses propres mérites, qui sont certains, il réussit à me rendre ses visites très agréables. En apprenant qu’il avait gagné le cœur de ma fille, je pensai sans doute qu’il allait un peu vite en besogne ; mais je n’en eus pas de surprise, à cause du charme de sa conversation et de ses manières, qui l’aurait fait remarquer dans toutes les sociétés.

« Il s’intéressait beaucoup aux antiquités orientales, et cet intérêt s’appuyait vraiment sur des connaissances. Souvent, lorsqu’il passait la soirée avec nous, il me demandait la permission de descendre au musée pour y examiner, à loisir et seul, les collections qu’il renferme. Vous imaginez avec quelle sympathie mon imagination accueillait ses requêtes, et que l’assiduité de ses visites ne m’étonnait pas. Une fois fiancé à Élise, il n’y eut guère de soir qu’il ne passât près de nous, et il consacrait généralement au musée une heure ou deux. Il y circulait librement, et, quand je m’absentais pour la soirée, je ne voyais pas d’inconvénient à l’y laisser maître de ses actes. Cet état de choses prit fin avec ma démission, suivie de ma retraite à Norwood, où je comptais mettre mon temps à profit pour écrire un gros ouvrage.