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Page:Doyle - Du mystérieux au tragique.djvu/53

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un soulagement quand mon compagnon, quittant son poste à pas de loup, m’entraîna par la manche. Il ne desserra les lèvres qu’une fois rentré dans ses appartements ; et je connus, à l’agitation de son visage, l’étendue de sa consternation.

— L’abominable barbare ! s’exclama-t-il. Auriez-vous jamais cru ça ?

— Je n’en reviens pas.

— C’est un dément ou une Canaille, l’un ou l’autre. Nous en aurons vite le fin mot. Venez avec moi, Jackson. Il faut que nous descendions au fond de cette sombre affaire.

Une porte ouvrait de ses appartements sur la galerie. Ayant retiré ses chaussures — ce que je fis à mon tour, — il ouvrit sans bruit cette porte, et nous nous coulâmes de salle en salle, jusqu’au moment où s’allongea devant nous le grand hall, avec la silhouette du Professeur toujours à l’œuvre. Sournoisement, comme lui tout à l’heure, nous avancions, nous arrivions tout proche. Mais nos précautions ne suffirent pas à lui celer jusqu’au bout notre présence. Il ne nous restait plus à faire qu’une dizaine de mètres quand il tressaillit, promena ses yeux autour de lui, poussa un cri d’épouvante, se mit à fuir éperdument à travers le musée.

— Simpson ! Simpson ! appela Mortimer.

Et, loin, sous l’électricité, dans l’enfilade des salles, nous vîmes surgir brusquement l’ancien troupier. Le professeur Andréas l’aperçut aussi : il s’arrêta de courir, avec un geste de désespoir. Au même moment, nous lui mettions, Mortimer et moi, la main sur l’épaule.

— Oui, oui ! Messieurs…, articula-t-il d’une voix étouffée, oui, je viens avec vous. Dans votre chambre, je vous en prie, Monsieur Mortimer. Je vous dois une explication.

Si grande était l’indignation de mon ami que je vis qu’il ne se sentait pas assez maître de lui pour répondre. Nous allions, encadrant le vieux professeur ; et le gardien, absolument interdit, fermait la marche. Devant la vitrine profanée, Mortimer fit halte pour examiner le pectoral : déjà, dans la rangée inférieure, l’une des pierres avait eu sa monture retournée comme les autres. Mon ami, élevant dans sa main la relique, jeta un coup d’œil furieux à son prisonnier.

— Comment avez-vous pu ?… gronda-t-il.

— C’est horrible ! dit le professeur, horrible ! Votre colère ne m’étonne pas. Menez-moi dans votre chambre.

— Mais cet objet ne doit pas rester exposé ! s’écria Mortimer.

Et il enleva le pectoral, l’emporta avec tendresse, tandis que je continuais d’escorter le professeur Andréas, comme un policeman escorte un malfaiteur. Nous passâmes dans les appartements de Mortimer, laissant le vieux soldat ébahi s’efforcer de comprendre l’affaire. Le professeur s’assit dans le fauteuil de Mortimer, et, tout d’un coup, devint si affreusement livide, que, pour une seconde, nous en oubliâmes notre colère. Un verre de brandy le ranima.

— Là ! ça va mieux maintenant. Ces deux derniers jours m’avaient épuisé. Je suis convaincu que je n’en aurais pas supporté davantage. C’est un cauchemar, un affreux cauchemar, que de me voir ainsi arrêté comme un voleur dans de qui fut si longtemps mon musée. Mais comment vous en voudrais-je ? Vous ne pouviez pas agir autrement. J’avais espéré en finir avant qu’on me découvrît. C’était ma dernière nuit de travail.

— Comment êtes-vous entré ? questionna Mortimer.

— En me permettant d’user de