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Page:Doyle - Du mystérieux au tragique.djvu/45

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verso, la signature : « Martin Andréas. » Quiconque possédait la moindre » notion de graphologie ne pouvait douter que le professeur Andréas n’eût écrit à son successeur une lettre anonyme le mettant en garde contre les voleurs. Le fait était certain, encore qu’inexplicable.

— Mais pourquoi vous écrire cela ? dis-je.

— C’est précisément ce que je voulais vous demander. Pourquoi, s’il a des craintes, ne vient-il pas m’en faire part ?

— Lui en parlerez-vous ?

— J’hésite. Il peut nier m’avoir écrit.

— Du moins, s’il vous écrit, c’est à bonne intention ; et vous devriez agir en conséquence. Vos moyens actuels vous donnent-ils toutes garanties contre le cambriolage ?

— J’aurais pu le croire. Le public n’est admis que de dix heures du matin à cinq heures du soir. J’ai un gardien par deux salles : il se tient à la porte entre les deux et les surveille ainsi l’une et l’autre.

— Mais la nuit ?

— Le public parti, nous baissons tout de suite les grands stores de fer assez solides pour déjouer toute tentative. Le gardien de nuit est un homme intelligent. Il se tient dans la loge de l’entrée, mais fait une ronde toutes les trois heures. Une lampe électrique reste allumée la nuit dans chaque salle.

— Je ne vois guère ce que vous feriez de plus, à moins de maintenir la nuit le service de jour.

— Nous ne pouvons pas nous le permettre.

— En tout cas, vous devriez prévenir la police et mettre un constable spécial à l’intérieur du Musée. Quant à la lettre, si son auteur désire rester anonyme, j’estime qu’il en a le droit. Le temps se chargera de justifier l’étrangeté de sa conduite.

Et là-dessus, notre conversation changea de sujet. Mais, de retour chez moi, je passai la nuit à chercher vainement dans ma tête les raisons que pouvait avoir eues le professeur Andréas d’écrire à son successeur une lettre anonyme : car, pour moi, il avait écrit la lettre, aussi sûrement que si je la lui avais vue écrire. Il pressentait un danger pour la collection. Peut-être même ce pressentiment lui avait-il fait abandonner sa charge. Mais, alors, pourquoi hésitait-il à prévenir directement Mortimer ? Je tournai et retournai le problème dans ma tête, jusqu’au moment où je tombai dans un sommeil agité, d’où je ne sortis que bien au-delà de mon heure habituelle.

À vrai dire, je fus éveillé, d’une façon énergique autant qu’insolite, par la brusque irruption que fit dans ma chambre, sur le coup de neuf heures, mon ami Mortimer. La consternation se peignait sur son visage. Lui, le plus soigné des hommes de ma connaissance, il m’arrivait le col défait, la cravate flottante, le chapeau derrière la tête. Dans ses yeux éperdus, je lus clairement toute l’histoire.

— On a cambriolé le Musée ! m’écriai-je, en me dressant sur mon lit.

— Je le crains. Ces pierres !… ces pierres de l’urim et thummim !… scandait-il avec effort, tout essoufflé de sa course. Je vais au bureau de police. Venez au Musée le plus tôt possible, Jackson ! À tout à l’heure !

Il se précipita comme un fou hors de ma chambre, et je l’entendis qui dégringolait bruyamment l’escalier.

Je m’empressai de me rendre à son désir. Mais en arrivant au Musée, je l’y trouvai déjà de retour, avec un inspecteur de police et un gentleman