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de sentimentalité ; or, je suis depuis mon enfance ennemi de toute sentimentalité. J’ai vu encore chez lui des contradictions ; sa fierté et sa fidélité d’esclave envers moi, par exemple. Et encore cette fidélité d’esclave et ces yeux étincelants qui ne veulent point céder, quand même nous devrions nous mettre en colère. Parfois, je lui exposais mes idées, et sans qu’il fût en désaccord avec moi sur ces idées, je m’aperçus qu’il m’en voulait, et tout simplement parce que je répondais avec froideur à sa tendresse. Donc, pour le contredire, je fus d’autant plus froid qu’il était plus expansif. J’ai agi ainsi avec lui parce que telle est ma conviction. Je voulais faire de lui un caractère, l’égaliser, en faire un homme enfin… Vous comprenez le reste, n’est-ce pas ? Or, je remarque qu’un jour, puis un autre, puis un troisième, Ilioucha est tout chagrin.