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tout en s’arrangeant une pose indépendante. Ce qui le tourmentait le plus était sa petite taille, et moins son « dégoûtant visage » que sa taille par trop exiguë. Depuis l’année dernière, il a fait une marque au crayon dans un coin de sa chambre pour marquer sa hauteur, et il vient se mesurer là tous les deux mois avec une bien grande émotion. Hélas ! c’est à peine s’il grandit, et cela le met au comble du désespoir.

Son visage était loin d’être « dégoûtant », il avait même une physionomie avenante avec son teint pâle semé de petites taches de rousseur. Ses petits yeux gris et vifs avaient des regards audacieux et s’allumaient parfois d’un éclair sentimental. Il avait les pommettes un peu larges, les lèvres petites et très rouges. Son nez court se redressait fièrement. « J’ai pourtant le nez tout à fait camus », murmurait-il souvent en