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Quand il m’eût bien écouté :

— Papa, me dit-il, papa, ne fais pas la paix quand même. Quand je grandirai, moi, je le provoquerai et je le tuerai. Et ses petits yeux s’embrasaient en me parlant.

Comme malgré tout je suis un père, il a fallu que je lui dise une parole vraie.

— C’est un péché de tuer, lui dis-je, même en duel.

— Papa, dit-il, papa, je le jetterai à terre. Quand je serai grand, je ferai tomber son sabre, je me jetterai sur lui, et, mon sabre levé, je lui dirai : « J’aurais pu te tuer là de suite ; eh bien, je te pardonne, attrape !… »

Vous voyez, vous voyez bien, monsieur, quelles idées travaillaient en sa tête pendant ces deux jours. Le jour et la nuit il pensait à cette vengeance, et même il en délirait en dormant.

Seulement chaque jour il rentrait fort