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ainsi à l’irriter, le sentiment de l’honneur se révolta en Ilioucha. Un gamin ordinaire, un fils faible se serait abaissé, aurait eu honte pour son père ; celui-là s’est levé seul contre tous pour prendre sa défense. Pour son père ! pour la vérité ! pour la justice ! Car ce qu’il a enduré en baisant les mains de votre frère et en lui criant : « Pardonnez à papa ! pardonnez à papa ! » Dieu seul et moi le savent. Et c’est ainsi que nos enfants — pas les vôtres, les nôtres — les enfants des humiliés, mais de noble sentiment, apprennent la vérité sur la terre, même à l’âge de neuf ans ! Les riches ne connaissent pas cela. Ceux-là, leur vie entière, n’iront pas à cette profondeur. Mais lui, mon Ilioucha, quand sur cette place il a baisé ces mains, il a compris toute la vérité. Et cette vérité, quand il l’eût comprise, il l’a gravée en lui pour toute l’éternité.