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servit enfin le thé et je repris un peu de contenance. Je ne sais trop pourquoi il me parut tout à coup qu’il était de mon devoir d’entamer la plus aimable conversation avec les dames.

— Vous aviez bien raison, mon oncle, commençai-je, en m’avertissant tantôt du danger de se troubler. J’avoue franchement... (à quoi bon le cacher ?) — poursuivis-je dans un sourire obséquieux à l’adresse de Mme Obnoskine — j’avoue que, jusqu’aujourd’hui, j’ai, pour ainsi dire, ignoré la société de ces dames. Et, après ma si malheureuse entrée, il m’a bien semblé que ma situation au milieu de la salle était celle d’un maladroit, n’est-ce pas ? Avez-vous lu l’Emplâtre ? — ajoutai-je en rougissant de plus en plus de mon aplomb et en regardant sévèrement M. Obnoskine, lequel continuait à m’inspecter du haut en bas et montrait toujours ses dents.

— C’est cela ! c’est cela même ! s’écria mon oncle avec un entrain extraordinaire, se réjouissant sincèrement de voir la conversation engagée et son neveu en train de se remettre. Ce n’est rien de perdre contenance, mais moi, j’ai été jusqu’à mentir lors de mon début dans le monde. Le croirais-tu ? Vraiment, Anfissa Pétrovna, c’est assez amusant à entendre. À peine entré au régiment,