Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/89

Cette page a été validée par deux contributeurs.


IV

le thé


La salle où l’on prenait le thé donnait sur la terrasse où j’avais rencontré Gavrilo. Les étranges prédictions de mon oncle sur l’accueil qui m’était réservé ne laissaient pas de m’inquiéter beaucoup. La jeunesse est parfois excessivement fière et le jeune amour-propre toujours susceptible. Aussi me sentis-je assez mal à mon aise en pénétrant dans la salle à l’aspect de la nombreuse assistance réunie autour de la table. Ce fut cause que je me pris le pied dans le tapis, et fut contraint de bondir au beau milieu de la pièce pour retrouver mon équilibre.

Aussi confus que si j’eusse compromis du coup et ma carrière, et mon honneur, et ma réputation, je restai figé sur place, plus rouge qu’une écrevisse et promenant sur la compagnie un regard stupide. Si je signale cet incident insignifiant, c’est qu’il eût une extrême influence sur mon