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Elle avait alors quarante-deux ans. L’occasion lui avait paru excellente de charger encore mon pauvre oncle, en affirmant qu’elle ne se mariait que pour assurer à sa vieillesse l’asile refusé par l’égoïste impiété de son fils et cette impardonnable insolence de prétendre se créer un foyer.

Je n’ai jamais pu savoir les motifs capables d’avoir déterminé un homme aussi raisonnable que le semblait être feu le général Krakhotkine à épouser une veuve de quarante-deux ans. Il faut admettre qu’il la croyait riche. D’aucuns estimaient que, sentant l’approche des innombrables maladies qui assaillirent son déclin, il s’assurait une infirmière. On sait seulement que le général méprisait profondément sa femme et la poursuivait à toute occasion d’impitoyables moqueries.

C’était un homme hautain. D’instruction moyenne, mais intelligent, il ne s’embarrassait pas de principes, ne croyant rien devoir aux hommes ni aux choses que son dédain et ses railleries et, dans sa vieillesse, les maladies, conséquences d’une vie peu exemplaire, l’avaient rendu méchant, emporté et cruel.

Sa carrière, assez brillante, s’était trouvée brusquement interrompue par une démission forcée à la suite d’un « fâcheux accident ». Il avait tout