Page:Dostoïevski - Carnet d’un inconnu 1906.djvu/79

Cette page a été validée par deux contributeurs.


idées personnelles — j’avais hâte de les lui communiquer — : cet homme qui servit de bouffon, s’est trouvé peiné, humilié, blessé dans son idéal ; de là son caractère aigri, méchant ; il veut se venger sur toute l’humanité. Mais, si on le réconciliait avec ses semblables, si on le rendait à lui-même...

— Précisément ! précisément ! cria mon oncle avec enthousiasme, c’est précisément cela ! Tu as une noble pensée ! Il serait honteux, indigne de nous de l’accuser ! C’est très juste ! Ah ! mon ami, tu me comprends ! Tu m’apportes la joie. Pourvu que tout s’arrange, là-bas, dans la salle ! Tu sais, j’ai peur d’y faire mon entrée. Te voilà arrivé ; je vais être bien arrangé !

— Mon cher oncle, s’il en est ainsi... fis-je, très confus de son aveu.

— Non ! non ! non ! Pour rien au monde ! s’écria-t-il en me prenant les mains. Tu es mon hôte et tu resteras !

Mon étonnement allait toujours grandissant.

— Mon oncle, insistai-je, dites-moi pourquoi vous m’avez fait venir. Que voulez-vous de moi et en quoi pouvez-vous être coupable à mon égard ?

— Ne me demande pas cela, mon ami ! Après ! Après ! Tout s’expliquera après. Je suis peut-être très