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trement. Il y a longtemps que je voulais leur donner quelque chose, ajouta-t-il, — comme pour s’excuser. — Cela te semble drôle de me voir instruire les paysans ? C’est que je suis si heureux de te voir, mon cher Sérioja ! Je voulais tout simplement leur apprendre la distance qu’il y a de la terre au soleil et les voir rester là, bouche bée ; j’adore les voir bouche bée ; ça me met le cœur en joie... Seulement, mon ami, ne dis pas au salon que j’ai parlé aux paysans. Je les ai reçus derrière les écuries pour ne pas être vu. Ce n’était pas commode ; l’affaire est délicate et eux-mêmes sont venus en cachette. Si j’ai ainsi agi, c’est plutôt pour eux...

— Eh bien, mon cher oncle, me voici arrivé ! interrompis-je, pressé d’en venir au point important. Je vous avoue que votre lettre m’a causé une telle surprise que...

— Mon ami, pas un mot de cela ! fit mon oncle effrayé et baissant la voix. Tout s’expliquera après ! après ! Je suis peut-être très coupable envers toi...

— Coupable envers moi, mon oncle ?

— Plus tard, mon ami, plus tard ! Tout s’expliquera. Mais quel bon garçon tu fais ! Comme je t’attendais, mon chéri ! Je voulais te confier... tu est un savant... je n’ai que toi... toi et Korovkine.